vendredi 23 janvier 2026, par
atherineCatherine Hass est anthropologue, écrivaine, chercheuse associée au LIER-FYT, à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), spécialiste des pensées de la guerre. Elle avait notamment publié Aujourd’hui la guerre. Penser la guerre : Clausewitz, Mao, Schmitt, Adm. Bush chez Fayard en 2019, dont Mediapart avait rendu compte, et dans lequel elle se demandait si l’administration Bush avait forgé une nouvelle théorie de la guerre après les attentats du 11-Septembre.
Cet automne, elle a publié, aux éditions Nous, un ouvrage intitulé Terres enchaînées. Israël-Palestine aujourd’hui. Elle examine ici, à partir des événements récents et de la Stratégie de sécurité nationale (NSS) publiée en décembre 2025 par l’administration Trump, les transformations de la doctrine de la guerre états-unienne d’un proutident républicain à l’autre.
Mediapart : Vous avez publié en 2019 un ouvrage consacré aux pensées de la guerre, notamment celle élaborée par l’administration Bush. Que diriez-vous de « l’aujourd’hui de la guerre », pour reprendre le sous-titre de ce livre ?
Catherine Hass : Ce que chacun aujourd’hui peut voir, c’est la façon dont le paradigme de guerre se métamorphose à vue d’œil en même temps qu’il se généralise, à l’intérieur comme à l’extérieur des États, comme si aucun autre possible politique n’était pensable. Sans même parler de la guerre d’annihilation en cours à Gaza, le carnage en Iran exemplifie ce refus de tout possible et ses conséquences : le peuple, constitué en ennemi de l’État, est abattu en masse, à bout portant.
De façon un peu schématique, je dirais que pour appréhender l’aujourd’hui de la guerre, il faut, d’un côté, penser la redistribution des antagonismes au sein de l’espèce de grand chamboule-tout géopolitique voulu par Trump et organisé par la polarité économique avec la Chine et, de l’autre, penser quelque chose comme le statut politique des peuples dans la guerre au moment où ces derniers, quand ils ne sont pas assassinés, sont l’objet manifeste d’une volonté d’absentement politique.